Ambert 2016 [3/5] : la nouvelle vague des cadreurs français

Depuis une dizaine d’années, il semble qu’un vent nouveau souffle sur le monde des cadreurs en France. Une petite dizaine d’entre eux sont apparus et sont parvenus à s’installer durablement, chacun affichant un style et une sensibilité propre. C’est une véritable nouvelle école, qui ne cherche pas à reproduire ce que les cadreurs traditionnels savent très bien faire mais qui soit offre des relectures rafraîchissantes des catégories traditionnelles, soit apporte ses propres réponses aux usages plus ludiques ou plus actuels du vélo.

En tout cas, avec les années, tous ont acquis une belle maîtrise de leur sujet. Et à Ambert, ça s’est vu.

Belleville Machine (Paris)

Belleville Machine est l’un des rares cadreurs à avoir présenté deux machines. Cela permettait d’apporter deux réponses différentes au programme du concours (c’est ce que fit PechTregon), mais c’était ambitieux et Belleville Machine n’est pas parvenu à tenir tout à fait les délais : la machine exposée n’avait visiblement pas toutes ses finitions et la deuxième qui, n’était pas peinte, ne fut pas présentée au public. Les deux ont néanmoins pris la ligne de départ et ont concouru. Très bien concouru, même, puisque Belleville Machine s’est retrouvé en tête des deux premières épreuves.

On aurait tort, en effet, de se laisser rebuter par le petit côté inachevé des finitions. Belleville Machine a été créé par un ancien coursier qui a souvent cadré à ses débuts pour des coursiers. C’est tellement dans l’ADN de la maison que les deux pilotes du Concours de Machines étaient eux aussi coursier pour l’un, ancien coursier pour l’autre. Cela explique d’une part les bons résultats aux épreuves de vitesse, cela indique aussi que les productions de Belleville Machine sont pensées pour être efficaces et rapides avant tout. Détail qui ne trompe pas, Belleville Machine a proposé la randonneuse la plus légère du concours et la seule à passer en dessous de la barre des 10 kg en ordre de marche.

BM demi full

Avec son tube supérieur coudé, sa fourche carbone droite, ses jantes carbone à haut profil, on est loin de la randonneuse traditionnelle. La Belleville Machine a l’air d’aimer la compétition, et avec sa teinte bleu nuit et son lettrage à paillettes, on se voit bien la croiser dans une alleycat parisienne :

BM cadre

Entre work in progress et désinvolture volontaire, la machine semble cultiver son côté brut :

BM tube superieur

Le cintrage écrasé du tube supérieur.

BM Tube direction

Le tube de direction ajouré, avec ses deux LEDs fixées au scotch, laisse le roulement inférieur du jeu de direction exposé aux éléments.

Et il y a même un petit côté réjouissant à voir Belleville Machine répondre au critère d’éclairage par ça :

BM PB arriere

On pourrait aussi mentionner la peinture, d’une qualité perfectible, mais il serait dommage de passer à côté des vraies trouvailles de Belleville Machine.

Le raccord « parisien » au-dessus de la boîte de pédalier dans lequel s’emmanche le tube de selle en carbone :

BM boite de pedalier

Belleville Machine a aussi réalisé son propre support de selle :

BM cappy

… dont le découpage, sur le devant, habille élégamment le tube de selle en carbone :

BM tige de selle

Le passage des câbles du frein et du dérailleur arrière se fait à l’intérieur des haubans :

BM disc arr 2

Enfin, la fabrication de porte-bagage est l’une des spécialités de Belleville Machine et ici quasiment le seul élément qui justifie le qualificatif de randonneuse. Il a tout naturellement été soigné :

BM PB fixation

Le porte-bagage, solidaire du cadre et fixé au raccord du tube de selle, prend appui sur le pontet.

Site du constructeur : bellevillemachine.com

Edelbikes (Grenoble)

Situé près de Grenoble, Edelbikes porte jusque dans son nom l’ADN de la montagne et s’est tout naturellement spécialisé dans le VTT, ce qui ne l’empêche pas d’élargir ses réalisations à d’autres domaines. La randonneuse légère présentée au concours en est un bel exemple.

Edelbikes full pilote

L’Edelbikes ne laisse pas indifférent. Ici sous l’objectif de son propre pilote.

L’Edelbikes est entièrement revêtu d’un beau blanc brillant et soyeux auquel les photos ne rendent pas toujours justice et ses garde-boue sont assortis au cadre. À l’instar du LaFraise, il associe à son cadre blanc des composants noirs.

Edelbikes GB arriere
Comme l’edelweiss peint sur le garde-boue avant, le blanc neigeux de l’Edelbikes semble transporter avec lui un petit bout des Alpes.

edelbikes tete fourche

L’une des plus belles têtes de fourche du concours.

La simplicité l’élégante de l’Edelbikes se retrouve dans les formes du cadre :

edelbikes tube de selle

… dans la transmission mono-plateau :

Edelbikes X9

… et dans l’attention apportée au passage des câbles :

L edelbikes cablage

edel tete fourche
L’intégration du câblage de l’éclairage était en effet particulièrement soignée sur cette machine et le choix de l’IQ X de Busch & Müller, sans doute le meilleur phare à dynamo du moment, devrait permettre de cheminer sans souci sur les sentiers nocturnes.

Ne nous laissons pas avoir en effet par ses allures virginales : avec ses larges pneus en 650B, l’Edelbikes est clairement taillé pour le rugueux. De ce que j’ai pu en constater sur le parcours gravel, sa stabilité et sa rapidité sur les sentiers caillouteux avaient de quoi impressionner. Dommage qu’il ait eu à y subir une crevaison.

Le cadre est largement dimensionné pour accepter des pneus demi-ballon (ici des Babyshoe Pass de Compass) avec des garde-boue suffisamment espacés. Et comme l’avantage du freinage à disques est de permettre le montage de différents diamètres de roues, on serait même presque tenté, en suivant la remarque faite par Jan Heine pendant le gravel, de chausser avec du 26 +.

edel gb

Cadre et garde-boue semblent suffisamment dimensionnés pour donner envie d’y monter des roues de 26 pouces montées en pneus ballon (Rat Trap Pass, 52/54 mm).

L’Edelbike a été remarqué sur le parcours. J’ai entendu un participant de la cyclo-sportive demander au pilote si c’était « un gravel », étonné de voir ce vélo élégant, à gros pneus et à garde-boue tenir le même rythme que lui. La randonneuse n’a décidément pas fini sa reconquête.

Edelbike ligne depart

L’Edelbike et son pilote, au départ du col du Béal.

Site du constructeur : edelbikes.com

Grade 9 (La Motte-Servolex, Savoie)

L’intérêt du concours de machines est d’y découvrir des constructeurs ayant chacun leur histoire et leur domaine de prédilection. Grade 9 est essentiellement un fabricant de vélos de routes et de VTT en titane et il était le seul à présenter une randonneuse dans ce matériau. Il faisait aussi partie du petit tiers des participants à avoir choisi une fourche en carbone. Logiquement, sa randonneuse était dans le trio de tête pour la légèreté, 2e ex-æquo avec Victoire derrière Belleville Machine.

Grade 9 Beal

La machine Grade 9 dans l’ascension du col du Béal avec son chargement. Elle est pilotée par son futur propriétaire qui a accepté de jouer le jeu du concours.

Le chargement officiel est fixé au porte-bagage à laide de lamelles ajourées. Le cadreur raconte que cela a fait sourire le jury, mais la solution, à défaut d’être esthétique, est incontestablement plus légère qu’une sacoche. Le porte-bagage arrière est complété par une sacoche de guidon :

Grade 9 poste pilotage

Petit bike pack Ortlieb à l’avant et porte-bagage titane à l’arrière assurent le portage.

Les garde-boue son minimalistes, mais ils ont le mérite d’être là, certains constructeurs mettant en balance le bonus lié à leur présence et le malus lié au surpoids. Autre avantage, ils assurent le maintien du porte-bagage Tubus Airy, en titane, qui ne nécessite ainsi pas de fixation supplémentaire en haut des haubans. Cela a le mérite d’en alléger la silhouette un peu massive, du moins sur un cadre léger.

Le montage est soigné. On appréciera par exemple le rappel des tons entre jeu de direction, phare Edelux, collier de selle et écrous de rayons :

Grade 9 edelux

Le rappel discret de l’anodisation cuivrée sur certains composants.

Les roues de 700 sont montées en pneus de 28 (Hutchinson Sector), c’était sans doute limite pour le parcours gravel mais le choix du tubeless permettait au moins d’éviter les pincements de jantes qui ont fait des victimes sur le parcours.

On note aussi un bel effort d’innovation : le logement pour une pompe ménagé à l’intérieur du cadre et accessible par une trappe. Où quand la contrainte du concours débouche sur une solution originale.

Grade 9 pompe

Le tube supérieur (renforcé) s’ouvre et peut accueillir une pompe.

Concernant les finitions, le seul regret porte sur le câblage électrique à l’avant :

L grade9 moyeu dynamo

Le choix de la fourche carbone n’autorise pas un passage interne du câble.

L grade9 domino

Câblage à vue sous le tube de direction.

Cela est d’autant plus dommage que l’un des points qui méritent le plus de retenir l’attention sur cette randonneuse est le travail réalisé pour le passage des câbles : dans le tube supérieur pour le frein arrière, dans le tube diagonal pour les deux dérailleurs en câbles tendus et sans gaine, afin de limiter les frottements :

Grade 9 cables

À l’avant, les quatre entrées de câbles à l’intérieur des tubes.

Les photos d’atelier en cours de montage permettent de voir le routage particulier des câbles, sans gaîne à l’intérieur du tube diagonal ni même à la sortie de la boîte de pédalier, et conçu pour ne pas interférer avec l’axe de pédalier :

Grade 9 atelier 1

Grade9 atelier 2

photos : Grade 9

Même souci d’intégration pour le câble de feu arrière, via la tige :

L grade 9 TdS

Dans un intéressant compte-rendu de l’événement, le fabricant tire le bilan de ces innovations : l’une sera probablement retenue en production, l’autre non. Il note aussi que c’est précisément l’intérêt d’un concours de machines : se donner le temps d’expérimenter des améliorations susceptibles d’enrichir les productions ultérieures : « un cadre de notre production courante nécessite, pour une personne seule, environ 3 à 5 jours de travail (hors finition). Sur ce projet, j’ai passé environ 4 semaines (entre l’atelier et les affaires courantes du bureau) et j’estime que la partie « innovation » à elle seule, a nécessité 3 semaines. Seule la motivation d’un concours permet que l’on investisse tant de temps pour réaliser de nouvelles choses. C’est d’ailleurs un des intérêts majeurs de ce genre d’événement pour l’artisanat en général. »

L’ensemble du compte-rendu est à retrouver sur le site de Grade 9 . C’est un point de vue intéressant sur le Concours de Machines donné par un cadreur qui y a participé.

Julie Racing Design (Dreux, 28)

Par la qualité de leurs réalisations, Julie Racing Design s’étaient fait un nom dans le monde des cadreurs. 2016 voit leur retour, après trois années d’interruption, et c’est une excellente nouvelle tant la beauté de leurs cadres et de leurs émaillages ont apporté de fraîcheur au monde du cycle artisanal.

Au programme de la randonneuse légère, JRD a choisi de répondre par un tandem. Ce qui a paru une évidence pour cette équipe bicéphale était apparemment loin des critères du concours. Lors de la remise des récompenses, le prix qui leur a été décerné a d’ailleurs été qualifié de prix « hors règlement ».

Pourtant, à y regarder de plus près, JRD a bel et bien cherché, à travers ce tandem, à répondre au programme et à proposer une machine de randonnée légère (mais pour deux).

JRD CM entier H

Le tandem de JRD : une géométrie et des matériaux dictés par le choix du meilleur compromis poids / rigidité.

Le tandem en lui-même est en effet extrêmement épuré : un cadre sloping qui limite la hauteur des haubans, des tubes de renfort jumelés (ce qui leur confère une certaine finesse) reliant la colonne de direction aux bases, des matériaux légers mêlant carbone pour la fourche et les deux tubes de selle et acier Reynolds pour la plupart des autres tubes. Les roues de 700 sont montées avec des pneus de 35 mm, mais ce sont des Compass, légers et montés en tubeless. Ajoutons que le tandem n’a pas de garde-boue et n’a pas été prévu pour en recevoir et que le phare Edelux, quasiment en prise directe sur le moyeu, n’est pas relié à un feu arrière et est facilement amovible. Enfin, rien n’est destiné au portage sur le tandem lui-même : ni porte-paquet, porte-bagage ou sacoche.
Pris tout seul, le tandem JRD peut ainsi être considéré comme un tandem de route (la tolérance pour les pneus larges en plus). Il serait d’ailleurs intéressant d’en connaître le poids seul.

Le tandem Julie Racing Design emmené par ses concepteurs dans le col du Béal.

C’est précisément à la remorque qu’il revient de le transformer en machine de randonnée. En assumant le portage des bagages de deux personnes, elle libère le tandem de tout poids supplémentaire afin d’en préserver la maniabilité. Le surpoids est réel mais sans doute relatif en comparaison du poids total du tandem et de ses passagers, d’autant plus que la remarque elle-même est mono-roue, assise sur une poutre en carbone et construite en tubes fins avec une structure légère à treillis.

JRD CM moyeu remorque

La remorque et sa mono-roue de 26 pouces à moyeu SON assure son propre éclairage. Le support de plaque nous indique qu’elle sera de la partie pour le prochain PBP.

Il n’y a pas de câblage électrique sur le tandem dont le feu arrière de secours intégré au support de selle est à piles. La remorque assure donc son propre éclairage arrière, un éclairage grand luxe avec moyeu SON et phare Edelux II. Vu de derrière, le feu du tandem doit littéralement ressembler à un feu de camion et déverser une belle nappe de rouge sur la chaussée :

Vu de derrière, le feu du tandem doit ressembler à un feu de camion et déverser une belle nappe de rouge sur la chaussée.

Les vis et les œillets son là pour le montage d’un garde-boue. Leur absence est bien le seul reproche que l’on trouve à faire au tandem lui-même.

JRD kit secours

Un exemple parmi d’autres du souci du détail chez JRD : l’emplacement pour la trousse de secours Ortlieb qui se doit d’être rapidement accessible.

JRD pivot remorque

Colonne et jeu de direction assurent le pivot de la remorque.

Sur le tandem lui-même on retrouve évidemment le même goût du détail. On note le câblage interne pour le dérailleur et le frein arrières, et via la tête de fourche en carbone pour le frein avant :

JRD cables avant

Le dessus du tube supérieur comporte deux plots de fixation. On fait confiance à JRD pour construire une petite structure appropriée de support de sacoche.

La câble de frein sort au-dessus de la boîte de pédalier arrière :

JRD CM passage cable BdP

Les trois jantes sont anodisées dans une teinte mate s’accordant avec la robe du tandem.

JRD derailleur arriere

Les 9 vitesses sont associées à un triple plateau. On note le repose chaîne qui apportait une bonification.

Le levier de vitesses du dérailleur avant est situé sous la première selle et peut ainsi être actionné aussi bien par le pilote que par le stocker :

JRD levier vit

JRD ne serait pas tout à fait JRD sans ses beaux émaillages. Ici, la robe bicolore bleu nuit / ivoire est à la fois dynamique et élégante.

Les deux supports de selle (cappy) sont montés sur les tubes en carbone, une spécialité Julie Racing Design. Ces tubes ne sont pas peints, à la différence de la fourche, ce qui permet d’en apprécier le tressage particulier. À l’avant, le support intègre la potence du stocker :

JRD potence stocker

Ce combo potence / support de selle bénéficie d’un double serrage en raison des contraintes que le stocker est amené à faire subir à son poste de pilotage :

JRD serrage potence stocker

À l’arrière, le support intègre un feu à pile :

JRD cappy

JRD feu cappy

Pour les randonnées nocturnes, l’éclairage avant est assuré par un phare dont le support sur-mesure est pris dans l’axe. Le support est un peut massif mais il permet un bon maintien sans modification de la fourche carbone et l’Edelux peut ainsi facilement être retiré :

JRD phare avant

Le phare est monté au plus près de la prise du moyeu : pas de câblage sur le vélo.

JRD phare interieur

L’extrémité de la fourche rappelle le ton ivoire du cadre.

JRD a enfin porté une attention particulière aux attentes du concours. Outre le repose chaîne, le tandem comporte une sonnette légère :

JRD sonnette

Un porte-pompe sur mesure :

JRD porte pompe
Ainsi que quatre porte-bidon Nitto, soit deux par passager. La aussi, le tandem est conforme au règlement :

JRD BdP

Dernier détail, pour une meilleure visibilité de la remorque dans la circulation (et peut-être aussi pour intimider la concurrence) JRD avait équipé son tandem d’un petit étendard de corsaire.

JRD flag

Le tandem a reçu le prix spécial du Concours de Machines et est arrivé en première place pour le vote du public.

On trouvera une présentation détaillée du tandem sur le blog de JRD

PechTregon (Bruniquel, Tarn-et-Garonne)

Comme Belleville Machine, PechTregon a présenté deux machines au concours. L’une d’elles figurait parmi les 5 randonneuses les plus légères à moins de 11 kg tout compris (en général les bagages et kit de secours avoisinaient les 1 à 2 kg) et était équipée d’une transmission mono-plateau.

Pech face carbone

Fourche carbone et bikepack Apidura sur le modèle léger.

Pech bike pack

PechTregon en version légère : bike pack et lumière en autonomie limitée (4h30 en mode continu pour ce modèle B’Twin).

L’autre machine jouait davantage la carte de la randonneuse avec notamment un portage des bagages à l’avant.

Pech full L 2

Au 1er plan, la PechTregon tout acier. À l’arrière-plan, la fourche carbone de la version légère.

C’est cette deuxième machine qui s’est fait plus particulièrement remarquer par le travail de certaines pièces, notamment la potence sur-mesure et la fourche Truss en acier, une spécialité des cycles PechTregon.

Pech truss 1

À l’avant, le système Truss permet de bâtir une fourche avec des tubes d’une grande finesse.

Ce système est un peu plus lourd qu’une fourche traditionnelle mais il permet de rigidifier l’extrémité de la fourche, partie qui subit de fortes contraintes avec le freinage à disques. Esthétiquement, l’ensemble de la fourche affiche ainsi une belle finesse et la structure peut aussi servir de support de sac.

Pech chargement

L’astuce de PechTregon : les 10 exemplaires de 200 ont été transportés roulés, de part et d’autre de la fourche.

Pech potence L

La potence PechTregon intégrant support de fourche Truss et support de levier de vitesses. On regrette, du coup, la fixation de la sonnette par collier en plastique (sous la potence)

À l’exception de la fourche, du poste de pilotage et de la transmission, les deux machines avaient un certain nombre de points en communs :

pech ecusson

Les deux PechTregon avaient le même cadre. Ici la configuration légère n’utilise pas tous les œillets et passages de gaine.

Le freinage à disques :

pech Disc carbone

Deux transmissions différentes mais même système de protège base et même support de dérailleur se vissant sur la patte arrière. :

Pech patte derailleur 2

Sram 1 x 11

Pech pate derailleur L

Transmission 8 vitesses avec dérailleur Dura-Ace de la première moitié des années 90.

Pech sangle repose chaine L

Sangle de cale-pied convertie en repose chaîne.

L’éclairage avant est alimenté par une dynamo SP dans le moyeu. Le câblage se fait le long de la fourche carbone sur le modèle léger et est intégré dans la fourche pour le modèle Truss.

Pech dynamo SP

Pech cable elec Dynamo L

Câblage dans la fourche pour la version acier.

En revanche, l’intégration des phares aura été moins concluante. Sur la machine Truss, l’Edelux était fixé sur le côté par une tige filetée :

Pech cintre VO support phare

Un des cintres semi-moustache présents au concours, ici avec bouchons lumineux. En bas à droite, le phare Edelux et sa tige filetée.

À défaut d’être esthétique, la solution aura au moins tenu. Sur la machine légère, en revanche, le phare était fixé sur le cintre par un support pouvant accueillir aussi un gps. Avec son bras de levier important, le support de phare en aluminium n’a pas résisté au parcours accidenté du gravel. Pour consoler le cadreur, on peut lui rappeler qu’il est arrivé exactement la même aventure aux supports de phare des machines de René Herse lors du concours du Grand prix Duralumin de 1946.

Pech casse support phare

Le support de phare après le gravel.

On regrette enfin que cette dynamo n’ait pas aussi alimenté le feu arrière. Celui-ci fonctionnait dans les deux cas sur batterie (et sans doute avec une faible autonomie).

pech feu alume

Le phare arrière (Giant) est bien intégré sur la version Truss mais il fonctionne à piles.

Reste que les deux machines PechTregon manifestaient un souci du détail auquel le jury a été sensible.

Leur émaillage d’un bleu cendré mat était en particulier une belle réussite :

Pech bleu mat

Pech tds

Tige de selle gravée et selle Brooks Cambium (qui aura équipé plusieurs machines).

Les cycles PechTregon ont reçu le 3e prix du Concours de Machines. Test de l’une des deux machines à paraître dans Bicycle Quarterly n°57 (automne 2016).

PechTregon sur Tumblr

Vagabonde (Montélier, Drôme)

La machine de Vagabonde est arrivée en 6e place (sur 19) au classement général du concours. Ce bon résultat serait presque décevant au regard de la qualité des productions de ce cadreur qui, en huit ans, est parvenu à se faire une solide réputation. Le fait est que Vagabonde a produit pour le concours ce qui a bien l’air d’être un excellent vélo, mais qui manquait de ce lot d’innovations, de pièces sur-mesure et de petits détails virtuoses qui accrochent le regard.

La Vagabonde appartient en effet à ce que les relieurs et les bibliophiles connaissent sous le nom de style janséniste : une réalisation de haute qualité exécutée par un grand maître à partir de composants luxueux mais d’une grande sobriété et sans le moindre ornement. C’est un peu paradoxal pour une machine de concours qui se doit de se distinguer, et la 4e place de la Vagabonde au vote du public montre du coup surtout une chose : le public était connaisseur.

Le cadreur reconnaît lui-même qu’il manquait ces petites touches d’innovation et évoque le manque de temps, mais le fait est que cette sobriété fait de toute façon partie du style de Vagabonde.

Vagabonde full 2

La randonneuse 650B légère selon Vagabonde.

Un cadre brut, des composants légers et efficaces : on a du mal à trouver une faute de goût ou quelque chose en trop sur ce montage.

Vagabonde tube de selle

Pas de potence sur-mesure mais une potence Thomson légère :

Vagabonde cintre

Vagabonde bdp Inox

Cadre brut en inox Columbus, porte-bidon en alu Spécialités TA.

Quoique présentée dans une configuration épurée, la randonneuse est prévue pour recevoir garde-boue et porte-bagage :

vagabonde cassette

Courbes discrètes des pattes arrières ajourées.

Vagabonde haubans

Pneus Compass Babyshoe Pass 650B 42, en version extralight.

L’intégration de l’éclairage (tout SON) est soignée. Pour que la satisfaction soit complète, il ne manquait que le recours à la connectique SL (qui devrait presque être une évidence sur une fourche fabriquée sur mesure).

Vagabonde moyeu SON

Vagabonde feu arriere tds 2

La fourche sur-mesure est noire, comme la plupart des composants. Le travail des raccords y est d’autant plus discret :

vagabonde tete fourche

Le porte-paquet, relevé à l’arrière et de bonne largeur, est comme le reste : simple et efficace.

vagabonde sacoche avant

Le passants sous le porte-paquet assurent le maintien de la sacoche North Face.

La sobriété est poussée jusque dans les équipements comme avec la sonnette qu’on aurait presque pu ne pas remarquer :

Vagabonde sonnette

Entretoises en carbone : la seule concession. Pour le reste, cette machine semble être un hommage aux métaux nobles.

Site du constructeur : vagabondecycles.com

Victoire (Clermont-Ferrand)

Victoire a été créée fin 2010 mais cela fait à peine 4 ans que la petite société commercialise ses propres vélos, basculant ainsi de son activité de fabricant de composants (moyeux, pignons, potences alu) à celle de cadreur. Et le niveau atteint par ses productions en quatre petites années a de quoi impressionner.

Le sentiment d’harmonie qui se dégage de cette machine est en partie lié à la maîtrise par Victoire des vernis teintés, dont le stand du cadreur montrait d’autres beaux exemples, et qui permet ici un mariage réussi de l’acier et du carbone :

victoire potence haut

Potence acier à trois branches, double serrage et support de sonnette intégré, capot de jeu de direction et cintre en carbone.

Victoire a apporté à la réalisation du décaleur le même soin qu’au reste de la machine. On apprécie en particulier les belles courbes qui contournent les poches arrières de la sacoche :

Victoire decaleur
Le porte-paquet, minimaliste, est composé de trois tiges. Il fait office de tringle de garde-boue et de support de phare.

victoire phare avant

Détail infime : même le support de phare dispose de sa petite potence de renfort.

Au vu du soin apporté au câblage sur le reste de la machine, on regrette seulement que le câble de liaison entre feu avant et feu arrière n’ait pas été mieux intégré, et la jolie torsade n’y change pas grand-chose :

Victoire cablage phare

La machine est équipée de garde-boue en fibre de carbone de chez Swarf cycles. On apprécie en particulier que ceux-ci ne contentent pas d’être de simples lames mais soient réellement enveloppants.

victoire tringle avant

Pneus Compass Bon Jon Pass, 700 x 35, montés en tubeless. La section de 35 semble ici être le maximum accepté par la randonneuse.

À l’avant, tous les départs de câble sont intégrés : dérailleur et frein arrière sur le tube diagonal, frein avant sur la tête de fourche, câble du feu arrière sur le tube de direction.

Victoires passages internes

Comme chez Vagabonde, la fourche acier reste relativement fine malgré le choix d’un freinage à disque. Le vélo est équipé d’un beau jeu de roues montées sur moyeux Tune avec rayonnage mixte radial / croisé côté disque à l’avant et rayons plats :

Victoire moyeu avant

On note en passant l’élégante ligne légèrement incurvée du porte-paquet.

Ceux qui suivent la marque depuis ses début regretteront juste de ne pas trouver à l’avant un moyeu Victoire, quitte à se passer du freinage à disque. Les autres ne trouveront rien à redire à l’équilibre de ce montage.

Comme à l’avant, les pattes arrières sont soignées. Elles ne disposent pas de fixations de porte-bagage. La machine est bien une randonneuse légère.

Victoire cassette

On apprécie particulièrement la sortie de câble de dérailleur en bout de base.

Victoire patte derailleur

C’est en effet dans les détails du cadre que la machine Victoire révèle toutes ses richesses, en particulier au niveau des pontets :

Victoire pontet

Le pontet supérieur tri-banches.

victoire pontet inferieur

Pontet inférieur : le mariage du carbone, du cuir et de l’acier.

Ainsi qu’à la jonction des haubans et du tube supérieur :

Victoire raccord tds

L’une des multiples références, sur ce cadre, à la forme triangulaire et à la jonction tri-linéaire.

Victoire serrage selle

Double serrage de selle et œillet de renfort en bout de fente, support de feu arrière minimaliste. Mais le feu lui-même pourra paraître un peu trop exagérément proéminent.

Toujours à l’arrière, les garde-boue sont équipés de tringles mixtes carbone / alu réalisées par Victoire :

Victoire tringle 3

Et le mariage carbone / acier se retrouve jusque dans les accessoires.

victoire porte bidon carbone
Côté transmission, Victoire fait partie des constructeurs qui ont opté pour le 1×11. La place de 3e à l’épreuve du gravel, qui nécessitait de forts écarts de développement, montre que le choix était pertinent.

Victoire monoplateau

L’un des nombreux composants Tune (Allemagne), l’approvisionnement local (France, Europe) étant valorisé par le concours.

Lors de la remise du prix, Jan Heine a souligné le lien entre l’esthétique de la machine et sa performance. Le fait est que cette machine joliment épurée confirme sur la balance : elle est la randonneuse tout acier (cadre et fourche) la plus légère du concours. Performance d’autant plus notable que la potence et le porte-paquet étaient eux aussi en acier.

victoire direction

« Un bon aspect lié à une bonne performance » dira d’elle Jan Heine lors de la remise du 1er prix.

Victoire bdp

Derniers détails : polissage de la boîte de pédalier et sortie du câble de frein.

La randonneuse Victoire a remporté le 1er prix du Concours de Machines.

Elle est présentée en détail sur le site du constructeur qui consacre par ailleurs un compte-rendu à sa participation au Concours de Machines. Une revue de la machine Victoire est à paraître dans le 57e numéro de Bicycle Quarterly (automne 2016).

Voir aussi les autres articles de la série consacrée au Concours de Machines 2016 :

– Ambert 2016 [1/5] : la renaissance du Concours de Machines
– Ambert 2016 [2/5] : la section amateurs et premières armes
– Ambert 2016 [4/5] : les cadreurs historiques
– Ambert 2016 [5/5] : composants et choix techniques

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s