Loris et Menhir : suite du podium du Concours de Machines 2018

Le podium de l’édition 2018 du Concours de Machines a bien rendu compte de la diversité des vélos qui étaient présentés à Bruniquel. Après un tout terrain issu de la tradition de la randonneuse française (La Fraise, 1er prix, voir article précédent), les deux marches suivantes proposaient un tout carbone extrêmement innovant (Loris) et un authentique VTT baroudeur à l’américaine (Menhir) mixant acier et fourche suspendue.

Loris – 2e prix

Laurent Lamouric, pilote et cadreur de Loris.

Pour sa première participation au concours, Laurent Lamouric, le cadreur Breton de Loris aura fait une entrée remarquée en se plaçant directement à la deuxième place avec sa machine Black Sheep. Cette reconnaissance vient récompenser le travail accompli pour la conception et la réalisation de cette machine hors norme.

Loris n’a pas seulement présenté le premier vélo tout carbone de ces trois éditions du Concours de Machine, il l’a fait de façon suffisamment aboutie pour montrer que le soin apporté aux détails et aux finitions n’est pas l’apanage des artisans du métal.

Le Black Sheep en ordre de marche.

Le cadre adopte une géométrie clairement tout terrain avec fourche suspendue monobras et, de prime abord, seul le traitement particulier de la bagagerie (des coffres rigides moulés aux formes du cadre) laisse penser que l’on n’est pas tout à fait ici face à une monture destinée uniquement aux épreuves sportives sur terrain accidenté.

Loris utilise pleinement la capacité du carbone à se plier à toutes les formes possibles en adoptant des profils spécifiques et variables pour chaque tube du cadre. Cette géométrie est réalisée avec un soin et une maîtrise du matériau qui apparaissent avec évidence.

Des jonctions impeccables, sans surépaisseur, signalent une belle maîtrise dans la mise en œuvre du matériau.

Boîtier de pédalier tout carbone au standard PF30.

Les standards mis en œuvre appartiennent eux aussi au monde du VTT performant avec transmission monoplateau et axes traversants.

Axe traversant 142 x 12 pour une rigidité sans faille.

La machine est animée par une transmission monoplateau SRAM XO 11 vitesses.

Les passages de câbles internes confirment ce souci de la finition observable à tous les niveaux sur cette machine.

Insertion discrète et soignée des câbles de dérailleur et de frein arrière au niveau de la colonne de direction.

Et sortie des mêmes câbles sous la boîte de pédalier.

Non seulement le cadre mais une bonne partie des périphériques sont réalisés en interne, soit en carbone, soit en aluminium usiné. Rappelons que le barème du concours bonifie ces réalisations, et Loris aura parfaitement su en tirer parti.

Cintre et garde-boue avant sont ainsi en carbone :

Seule la fabrication maison aura permis d’obtenir un garde-boue minimaliste, quasi invisible de face ou de profil et adapté à une fourche mono-bras :

Le garde-boue vient se fixer sur l’étrier de frein avant. Seule une patte alu usinée maison vient, à l’arrière, ajouter un second point de contact à ce montage audacieux :

De même, potence et manchon de selle sont de fabrication maison en aluminium et viennent parfaire les pièces en carbones :

Maître dans la fabrication des tubes en carbone, Loris réalise des pièces en alu dont la qualité de finition ne dépare pas.

La possibilité d’ajuster la selle faisant partie des exigences du concours. Loris y répond de façon minimale avec un manchon en aluminium qui autorise une plage de réglage entre 1 et 2 cm. C’est suffisant pour le propriétaire d’une machine sur-mesure, moins pour un éventuel autre pilote.

Même qualité de finition et profilage identique : les (quelques) pièces alu se marient parfaitement avec le carbone.

La fourche suspendue monobras (une Lefty de Cannondale) est l’un des rares composants disponibles dans le commerce. Mais elle illustre parfaitement les tours de force autorisés par le carbone. Elle avait donc tout naturellement sa place sur le Black Sheep.

Exigeante, la fourche Lefty nécessite une douille de direction surdimensionnée.

Plus bas, la fourche monobras demande aussi un moyeu spécifique :

Les roues spécifiques sont montées par RAR : montage premium au rendez-vous avec moyeu Tune monobras, rayons plats ligaturés, croisement par 2 à droite et par 3 côté disque.

Système électrique

Le système électrique est désormais un composant à part entière sur de nombreuses machines. S’il ne parlait pas d’assistance ou de transmission électrique, le règlement du concours amenait tout de même les cadreurs à proposer des solutions pour garantir l’autonomie de l’éclairage – mais aussi des désormais omniprésents objets connectés – sur et hors vélo. Loris aura à ce niveau proposé un système complet et cohérent.

Contrairement aux autres concurrents chez lesquels la dynamo est omniprésente, Loris a fait le choix d’une alimentation solaire développée en partenariat avec Antidote Solution. Le couvercle du coffre arrière est en effet un panneau solaire souple Lumtrack.

La plage de fonctionnement du panneau solaire étant exactement inverse de la plage d’utilisation de l’éclairage, cette solution est évidemment dépendante d’un système de stockage, en l’occurrence deux batteries de 8000 mAh : tandis que l’une est reliée à l’arrière au panneau solaire, l’autre vient se loger dans la colonne de direction et alimente phare ou périphérique USB.

L’éclairage avant est un Klamp puissant dont le support sous sacoche avant a été réalisé lui aussi sur-mesure.

Le feu arrière est quant à lui sur batterie propre, mais rechargeable grâce aux batteries du système.

De la même manière que Loris a su proposer une solution globale, complète et originale pour le poste électrique, il a en matière de bagagerie choisi une solution à la fois peu orthodoxe et parfaitement cohérente puisque sacoches – ou plutôt coffres – avant, de cadre et arrière utilisent une structure carbone rigide. Le tout, encore une fois, est de fabrication interne.

L’intérêt des coffres rigides est de permettre un bon compactage du contenu à emporter et d’offrir une bonne stabilité sur le vélo tout en se dispensant du poids de structures porteuses.

Le coffre central accueille notamment la poche à eau (afin d’atteindre les 5 litres réglementaires). Située en bas du cadre, elle permet de limiter l’effet de ces 5 kilos supplémentaires sur le comportement du vélo.

Démonstration de portage des 5 L lors du point de contrôle.

Une sacoche outil lui est associée :

Comme pour l’ensemble de la bagagerie sur le Black sheep, chaque outil est à sa place et facile d’accès.

A l’arrière, moulé de part et d’autre de la roue, le coffre fait office de garde-boue minimal.

De fait, sans atteindre l’efficacité de garde-boue intégraux, la solution permet de limiter les projections vers le pilote.

Ces coffres se désolidarisent rapidement du cadre, comme cela était demandé par le règlement, grâce notamment à l’utilisation de fixations à disque BOA comme on en trouve sur les chaussures de triathlon.

L’ingéniosité de Loris passe aussi par le détournement de certaines technologies.

Au-delà donc de la maîtrise de la fabrication de cadre en carbone, Loris montre avec cette machine qui se démarquait clairement des autres sa capacité à apporter des solutions à la fois ingénieuses et innovantes pour répondre au programme du vélo de bivouac.

Site du cadreur : lorisfibre.com

Menhir – 3e place

Pour sa deuxième participation au Concours de Machines, Menhir confirme la bonne impression qu’il avait produite l’année dernière en présentant un vélo déjà clairement baroudeur et dont le travail du cadre (repliable et équipé d’une fourche Truss) révélait l’ambition de son jeune cadreur.

Cette année, l’esthétique brute est une fois de plus mise en avant avec un émaillage à l’effet rouille qui semble annoncer un vélo qui a de la bouteille.

Mais derrière cette finition brute d’apparence, le souci du détail et l’élégance sont en réalité omniprésents. Yoann Loncle, le cadreur de Menhir, s’est en effet associé avec Joël Dunkl, de l’agence de design DID, pour la réalisation de ce projet et pour le pilotage lors des épreuves. Et il en résulte un vrai sens graphique.

Le logo minimaliste de Menhir, à lui seul tout un programme.

Si la fonction pliable et la fourche Truss ont disparu, on retrouve cependant la patte Menhir avec en particulier une prédilection pour les gros tubes (ici un assemblage de différentes nuances de Columbus et Reynolds) et un cintrage lui aussi bien caractéristique au dessus des coquilles des pattes arrières.

Gros tubes et cadre bas sans fioriture, tige de selle télescopique, fourche suspendue… Le Menhir est paré pour les passages techniques.

menhir transmission 12

Le très caractéristique cintrage du hauban au dessus des coquilles donne sa patte « Menhir » à la machine.

Menhir ne court clairement pas après les joliesses mais prend indéniablement plaisir à poser ici et là des subtilités de cadreur.

menhir etrier frein arriere

L’étrier de frein arrière vissé tête-bêche.

L’influence de l’univers du VTT est évidente au niveau de la géométrie et on retrouve en particulier une hauteur de selle variable pour aborder plus confortablement les descentes techniques dont les sentiers de Bruniquel n’étaient pas avares.

menhir selle ajustable

La tige de selle télescopique Lev Integra permet d’abaisser en cours de route la hauteur de selle notamment pour aborder les descentes.

Entrée du câble de commande de la tige de selle télescopique et boîtier de pédalier excentrique.

Le boîtier de pédalier excentrique (PF30) autorise un ajustement de la chaîne et permet ainsi de passer rapidement la machine en transmission monovitesse : Menhir colle ainsi avec les pratiques actuelles.

En attendant de passer à cette option élémentaire, le choix du 12 vitesses confirme que la machine était bel et bien programmée pour les terrains accidentés de Bruniquel.

Cassette Sram GX Eagle 12 vitesses et son impressionnante plage de développements capable d’encaisser les forts dénivelés en ascension comme en descente.

Côté bagages, le choix du bikepacking permet d’utiliser un cadre de VTT tel quel, sans aucun aménagement. Et donc de retrouver un simple tout terrain – à l’exception d’un moyeu dynamo – pour des virées plus courtes.

21 L en bikepack : 10L sur la selle, 5,5L sur le cadre et 6L à l’avant (Vaude)

Dans le même esprit, hors de question de charger la machine de garde-boue intégraux. À l’avant, une fine plaque métallique fait office de protection minimale.

La récup’, c’est aussi l’un des charmes du Concours de Machines. Ici une fine plaque alu Offset découpée fait office de garde-boue.

Si les solutions de portage et de protection contre les projections sont donc minimalistes, c’est sur un autre aspect que Menhir a fait porter l’exigence d’innovation du Concours de Machines : celui du gonflage.

Partant du constat que des pneus de 650B en section de 72 mm nécessitent un volume de gonflage conséquent, et ne peuvent donc se satisfaire d’une pompe rudimentaire (et légère), Menhir a choisi de stocker l’air à l’intérieur du cadre à haute pression pour permettre à tout moment d’avoir une solution de gonflage à disposition.

Cette dernière se compose dès lors d’un simple raccord permettant de relier la valve de la roue à la valve du cadre.

Cette solution nécessite évidemment des tubes hermétiques : les ouvertures destinées à l’évacuation des gaz de soudure sont ainsi obturées par des vis :

La « chambre » de stockage de l’air sous pression est composée du tube diagonal et du tube horizontal reliés l’un à l’autre par un petit tube à l’arrière du tube de direction :

tube jonction menhir

[crédit photo : Menhir cycles]

La résistance théorique du tube est de 150 bars. En pratique, un remplissage à 20 bars avec une pompe pour amortisseur de vélo sera largement suffisant pour alimenter plusieurs fois les pneus basse pression. Une pompe à pied standard permettra de monter jusqu’à 10 Bars, de quoi gonfler confortablement deux pneus.

Originale et innovante, la machine de Menhir l’est encore à d’autres égards avec en particulier un côté couteau-suisse qui relève parfois du clin d’œil : comme pour faire bonne mesure face à Jolie Rouge qui ne se sépare pas de sa hache portative, Menhir intègre ainsi une petite pelle ajustable à l’entraxe d’un porte-bidon. Elle permet au pilote d’accomplir proprement certaines fonctions physiologiques indispensables – les bivouacs ayant par définition rarement lieu dans des campings dûment équipés.

Les deux extrémités du cintre reçoivent quant à elles couteau-décapsuleur ainsi que mèches de réparation tubeless et maillon rapide.

L’un des embouts toolkit insérés dans le cintre.

Le retrait de la mini-pelle dévoile la devise de la machine.

Enfin, côté électrique, c’est un moyeu SP au rapport poids-performance-prix imbattable qui fournit l’alimentation.

Il est uniquement relié à un chargeur USB intégré au capot de potence permettant ainsi de recharger GPS ou lampe.

Chargeur USB Sinewave à batterie intégrée.

Cette solution permet notamment de dissocier la lampe du vélo en choisissant par exemple une lampe frontale (Stoots en l’occurrence) qui sera rechargée par batterie. Au prix d’un petit écart avec la législation – le feu doit être sur le vélo – le cyclobaroudeur pourra orienter son faisceau là où porte son regard, au-dessus et sur les côtés du sentier – ou l’utiliser lors du montage de la tente.

Sans fioritures, et dans le prolongement de la machine présentée l’année précédente, Menhir a ainsi fait preuve d’inventivité – conformément au « penser plus » de la devise – tout en proposant un résultat performant dans les conditions exigeantes du Concours. Après avoir concouru dans la catégorie Rookie l’année dernière, Menhir confirme ainsi qu’il fait désormais pleinement partie du paysage des cadreurs à suivre.

Site du cadreur: menhir-cycles.com

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