Ambert 2016 [1/5] : renaissance du Concours de Machines

Du 1er au 3 juillet 2016, s’est déroulée, à Ambert, en Auvergne, la première ré-édition du Concours de Machines. Après des décennies d’interruption, une tradition française vieille de plus d’un siècle a ainsi revu le jour grâce au magazine 200 et aux cycles Victoire.

Si le premier Concours de Machines a eu lieu en 1934 (en Auvergne déjà), il prolonge en fait une habitude bien installée de confrontations en conditions réelles des savoirs-faire et des innovations techniques. Dès les toutes premières années du XXe s., en effet, le Touring Club de France organise des concours thématiques (sur le freinage, la bicyclette de tourisme…).

Dans un premier temps, ces épreuves s’apparentent à de nécessaires ordalies qui viennent trancher les vigoureux débats que suscite l’arrivée de différents perfectionnements techniques (polymultiplication, géométries, matériaux…). Mais cette tradition, poursuivie notamment par les courses de côtes et les grands prix du Duralumin, aura surtout pour effet d’apporter des améliorations tout au long de la première moitié du XXe s. et d’aboutir à la randonneuse française de la fin des années 40, une machine à la fois performante, fiable et légère.

Singer prix duralumin 1946

La Singer qui remporte le grand prix du Duralumin en 1946 pèse moins de 7 kg avec éclairage, garde-boue, porte paquet et sonnette.

Or cette randonneuse de tradition française qui suscite toujours l’admiration jusqu’au Japon et aux États-Unis, reste assez mal connue dans son propre pays. L’oubli des Concours de Machines, qui avaient tant fait pour son développement et qui ont connu une éclipse de 65 années, était à ce titre on ne peut plus significatif.

On est donc d’autant plus reconnaissants au magazine 200 et aux cycles Victoire, sans doutes inspirés par les articles et les livres passionnants que Jan Heine consacre depuis une quinzaine d’années aux randonneuses d’artisans, d’avoir eu l’initiative de relancer ce concours.

Les règles

Mais rappelons-en rapidement les critères. Les constructeurs ont eu consigne de réaliser une randonneuse légère, conçue pour la longue distance, équipée de lumières autonomes (ou au minimum d’une autonomie de 8 heures), d’au moins deux porte-bidons et capable de transporter quelques bagages, en l’occurrence 10 exemplaires du magazine 200, soit 3,3 kg emportés sur l’une des 3 épreuves, au choix du pilote. Certains équipements ne sont pas obligatoires mais apportent des bonifications : garde-boue, sonnette, dispositif permettant de démonter la roue sans toucher à la chaîne…

À l’inverse, la casse de pièce est pénalisée selon l’importance du composant. La casse du cadre, de la fourche, des axes de roues ou de pédalier, des moyeux ou des freins étant éliminatoire.

Ces critères sont pris en compte dans une notation sur 500 points dans laquelle interviennent aussi les temps réalisés lors des trois épreuves (avec des pénalités et bonus suivant les écarts avec la moyenne), le prix de vente du vélo, son poids (malus / bonus par tranches de 100 g au-dessus ou en-dessous de 10,5 kg en ordre de marche avec sacoches et outils), la présence d’innovations, la qualité de fabrication, la présence de pièces maison ou à défaut d’origine locale (France ou Europe).

Les parcours

Le règlement stipule que les trois parcours doivent être réalisés en autonomie, y compris pour le ravitaillement et les éventuels dépannages. Au terme des trois jours et des trois épreuves, les machines auront parcouru 360 km et gravi 6 540 m de dénivelé cumulé. Cela peut paraître peu pour tester leur efficacité et leur fiabilité mais, dans les conditions intenses imposées par les pilotes qui chercheront les bonus, et avec la surprise que réservera le dernier jour, les soucis matériels ne seront pas rares.

Les pilotes, les machines et leurs constructeurs ont été présents à Ambert pendant 4 jours, le premier étant consacré à la présentation des machines et au passage devant le studio photo. Ils sont 19 à prendre le départ.

La première épreuve, le vendredi, commence fort avec 235 km et 4 320 m de dénivelé. La moyenne de référence pour les bonus / malus y est de 25 km/h. De cette héroïque épreuve, je ne dirai rien, n’étant arrivé sur place que le samedi matin, pour accompagner les machines dans l’ascension du Béal. Nul doute qu’on ne trouve rapidement les récits des courageux et des courageuses qui s’y sont engagés.

Samedi – 2e épreuve – la montée chronométrée du col du Béal

La randonnée de 55 km du samedi comporte, au départ du village de Vertolaye, une montée chronométrée du col du Béal (13,6 km et un peu plus de 900 m de dénivelé). C’est pour cette épreuve, qui offre le moins de dénivelé cumulé des trois, et dont la moyenne demandée est plutôt indulgente (12 km/h), que la majorité des concurrents choisit d’emporter son chargement de 3,3 kg.

En rejoignant la ligne d’arrivée, je croise un beau Victoire. Je n’ai encore vu aucune « machine » et je demande si c’est le Victoire du concours. Non, me réponds le propriétaire, mais il est sorti de l’atelier en même temps. Et je reste 10 bonnes minutes à admirer cette belle pièces au cadre démesuré.

victoire vert 3

Tube de selle en carbone (la tendance cette année, qu’on retrouvera notamment sur le tandem Julie Racing Design et sur la machine de Cyfac) et émaillage parfait. Pour ne rien dire du reste.

Plus d’infos sur ce vélo sur victoire-cycles.com

Mais l’heure tourne et les cyclosportifs ne plaisantent pas avec la ponctualité. Je pousse mon Mercier presque aussi vieux que moi jusqu’à la ligne et là, je les vois. Tout un front de Machines.

depart Ambert samedi

De gauche à droite: Cyfac (R. Cueff), les deux Belleville Machine (G. Fernandez et E. Fabre), La Fraise (M. Breuvart), Sébastien Klein, Edelbikes (C. Malinski), Cattin (S. Latapie), Grade 9 (P. Guillotin) et Perrin (E. Lavall).

Après ce premier départ, le peloton rejoint Vertolaye où a lieu le départ chronométré et où commence la partie sérieuse du Béal.

L’ascension est facilitée par un petit soleil doux. C’est un 2 juillet qui ressemble à une belle journée de printemps. Il n’y a qu’à pédaler et regarder les machines à l’oeuvre dans la montée :

JRD cote beal

Le tandem à remarque de Julie Racing Design.

edelbike montee beal 2

L’Edelbikes

Perrin beal 2

2 300 m de dénivelé la veille, 3 kg dans les sacoches et pente à 8 %., ça n’empêche pas le Pierre Perrin d’être propulsé avec le sourire.

Klein Beal

Sébastien Klein

Pech Beal

PechTregon

Nous atteignons le sommet du col juste au moment où le Béal accroche un nuage et plonge les arrivants dans le brouillard.

beal brume

Et le beau dimanche de printemps s’est tout à coup transformé en lundi d’octobre :

Beal sommet

Devant la ligne d’arrivée, le directeur de 200 pointe les temps des concurrents et m’apprend que les deux machines Belleville Machine (désolé, c’était tentant) sont arrivées en tête. Mais les coureurs ont choisi de monter à vide et de garder leur poids de 3,3 kg pour le gravel du lendemain. Le 1er pilote avec poids au sommet est Jérémie Loubeau (cycles Andouard).

liste sommet Beal

Pointage au sommet du Béal.

Après avoir englouti une bonne tarte aux myrtilles et glissé une feuille de journal sous mon maillot pour affronter la fraîcheur du Béal, j’entame la descente. Je croise alors le Fraise qui vrille dangereusement et que son pilote parvient difficilement à maîtriser. La voiture des organisateurs n’était pas loin et s’arrête. Inspection du vélo qui ne présente aucun défaut apparent. Le phénomène de vrille ne se voit pas. C’est une maladie du cadre. Le pilote ne comprend pas, il me dit qu’il n’a pas eu ça dans les descentes de la veille.

Fraise descente Beal

Inspection du Fraise dans la descente du Béal.

De retour à Ambert, les vélos passent au contrôle puis rejoignent la tente d’exposition et le public a désormais tout le temps de les admirer en détail.

cyfac nettoyage

Le Cyfac, comme les autres machines, est bichonné avant de recevoir les suffrages du public.

Dimanche – 3e épreuve – le gravel

Le lendemain, à 8 heures, débute la troisième et dernière épreuve. Un parcours gravel de 73 km et 1153 m de dénivelé sur petites routes et pistes.

Sur la ligne de départ, les machines se mêlent aux cyclosportifs de la cyclo les Copains.

depart gravel 1

De gauche à droite, l’un des deux Belleville Machine avec son chargement de 200, l’Edelbikes et, derrière le Petrus aux roues en bois, on devine Serge Mannheim et son vélo rouge.

Le circuit cache d’abord bien son jeu en commençant gentiment par des petites routes de campagne. Plusieurs cadreurs roulent eux-mêmes leur machine (Petrus, Mannheim, Klein, Julie Racing Design…). C’est l’un des plaisirs du Concours de Machines. Le peu de temps donné pour préparer le concours ne leur permet évidemment pas d’être suffisamment entraîné pour figurer dans le groupe de tête mais ils ont le mérite d’avoir enchaîné jusqu’au bout 3 épreuves exigeantes. Un instant, j’ai cru que Swanee Ravonison faisait partie du lot mais elle ne roule pas elle-même sa machine, dont elle a confié le guidon à une autre pilote, ce qui lui permet de profiter tranquillement de la « balade ».

fee du velo

À gauche, la cadreuse de Fée du vélo.

C’est ensuite que les choses vont commencer à devenir sérieuses, avec l’arrivée du gravier. Je ne sais plus trop à quel moment, une descente raide rejoint la route à angle droit. Emmenées par les coureurs précédents, les graviers ont dégorgé sur la route, c’est la glissade assurée. Je mords sur le talus, mais ça passe. Derrière moi, j’entends un vélo tomber. Je me retourne, le Sébastien Klein est par terre. Le cycliste éponyme se relève et renfourche la machine. Certains ont peut-être noté, en inspectant Klein le dimanche après-midi, une morsure sur le flanc droite de la Berthoud et sur la guidoline. Voilà l’explication.

Juste avant La Collange, je sens que les choses ne vont pas s’améliorer. Je m’arrête pour gonfler mes pneus. Je ne cherche pas à améliorer le rendement, je cherche juste à ne pas crever. Au même endroit s’arrête le Milc dont le pilote fait précisément l’inverse : il dégonfle un peu. C’est toute la différence entre celui qui roule en 30 mm et celui qui roule en 42.

Pour le regonflage, je ne regretterai pas. Très vite, le parcours va devenir grave gravel, accidenté même, osons le mot. Les petits sentiers annoncés se transforment, dans la montée au-dessus de Dore l’Église, en chemins caillouteux d’abord puis franchement défoncés et dans lesquels le dénivelé compte double, c’est du moins l’opinion de mes jambes. Il faut reconnaître que le plateau simple de 48 dents et les pneus de 30 mm qui dérapent dans le sable font assez mauvais ménage avec le terrain. Je mets plusieurs fois pied à terre, ce que je n’ai pas coutume de faire le coeur léger. Je suis alors dépassé par des randonneuses chaussées de larges pneus Compass et qui semblent franchir avec facilité les passages dans lesquels je trime. Je m’avise alors que j’ai oublié de remplir mon bidon. La voiture d’assistance qui monte au pas dans le chemin mi-sable mi-cailloux arrive à ma hauteur ; je demande s’ils ont de l’eau. Non, ils n’en ont pas. Je vois bien qu’ils avaient à peu près tout sauf ça et qu’il ne leur était pas venu à l’esprit qu’un participant puisse partir sans eau. Ne pouvant pas leur donner tort, je prends mon mal en patience. Je finirai par atteindre un petit village où je réussirai enfin à faire remplir mon bidon… cinquante mètres avant de tomber sur un point de ravitaillement de la cyclo des Copains.

La bonne nouvelle, c’est que j’ai repris une bonne allure. À un croisement, des bénévoles qui encadrent la course m’indiquent la direction et m’avertissent : «Attention, ça descend !» Je crois d’abord à une blague cycliste, une sorte de petite plaisanterie réconfortante, mais je vais vite être rappelé à la réalité et me rendre compte que la mise en garde était sincère. Le sentier en pente raide devient carrément défoncé. Avec la prise de vitesse, difficile de ralentir l’allure : les pneus ne font que déraper dans les cailloux et le gravier, tandis que les blocs de pierres deviennent de plus en plus gros. De temps en temps, une ornière profonde barre la route. Deux options se présentent, planter la roue dedans et passer par dessus le guidon ou sauter des deux roues par-dessus l’ornière, façon VTT si vous voulez. Je choisis la seconde option. Pas sûr que cela soit dans le cahier des charges de mon petite cadre route en Reynolds léger. Ça durera comme ça un moment, le chemin finissant parfois plus par ressembler à une sorte de lit de torrent asséché qu’aux sympathiques strade bianche toscanes auxquelles on pense spontanément quand on entend le doux nom de gravel. Plus d’une fois, j’evite de justesse le baiser mortel d’un gros bloc qui aurait sans doute eu raison de mon pneu.

Plus tard, dans une portion redevenue cyclable mais bien pentue je pose à nouveau pied à terre. Je me retourne et je vois monter vers moi une silhouette familière que je n’ai pourtant jamais vue. La randonneuse à garde-boue martelés, le maillot bleu… Un instant, j’ai l’impression d’être transporté dans une photo de Bicycle Quarterly mais en vrai. J’ai juste le temps de sortir mon appareil photo.

j heine gravel

Comme je suis surpris de découvrir Jan Heine derrière moi, il m’explique qu’il a crevé. Deux fois. Par pincement de jante lors de collisions avec les bons gros cailloux que j’ai précédemment croisés. Pression trop basse sans doute. Non, me répond-il, mes pneus sont trop étroits. C’est du 42…

Je m’en sortirai sans crevaison avec mes Challenge Eroica, mais j’ai eu de la chance, et surtout je n’ai pas eu à prendre de risques contrairement aux pilotes du concours qui visent le classement ou au moins la moyenne de 20 km/h pour éviter les pénalités.

Vers la fin de ce parcours chaotique, alors que je descends en oscillant dans les cailloux instables je suis dépassé par l’Edelbike qui slalome avec aisance dans les virages. Ses demi-ballons ne lui auront pas évité la crevaison mais au moins, quand il roule, il avance.

Enfin, il avance… La vérité c’est que je le retrouve 5 minutes plus tard dans un croisement sans signalétique où nous échouons à cinq ou six, hésitant sur la direction à prendre. Quelqu’un se souvient bien qu’il y avait un chemin en bas du raidillon qu’on vient de grimper mais personne n’est trop chaud pour retourner vérifier. Rien de plus difficile que de rebrousser chemin une fois la difficulté surmontée. On finit tout de même par s’y résoudre faute d’autre option. En effet, à une branche, un petit ruban blanc pendouille à une branche. On est à la fin du parcours gravel et j’apprends seulement alors que c’était le signe à suivre dans la partie forestière.

Mais l’important est que nous en avons fini avec le gravel. Je profite de l’aspiration du pilote de l’Edelbike, puis de Jan Heine qui s’était perdu lui aussi. Je le suivrai assez longtemps pour le voir, en descente, prendre dans les virages une inclinaison impressionnante.

Enfin, c’est la cote de Saint Martin des Olmes, brève mais intense, où l’on est accueilli par une fanfare, un public enthousiaste et bruyant, et puis c’est la bascule et on ne fait à partir de là plus que descendre jusqu’à Ambert, qui nous ramasse à la petite cuillère.

Troisième et dernière inspection pour les machines avant de rejoindre la tente où le public pourra les admirer une dernière fois. Certains tentent de retirer le gros de la poussière, d’autres laissent ce témoignage de la dureté de la lutte.

Vagabonde Sac avant

La sacoche avant du Vagabonde après l’épreuve du gravel.

On apprend alors que pas mal y ont laissé des plumes. Les crevaisons n’ont pas arrêté : Berthoud, Edelbike et surtout Belleville : 4 crevaisons sur l’une de leurs machines, 3 sur l’autre avec un pneu qui finira par éclater, obligeant à l’abandon. Le pilote du Fraise blessé au genou ne finira pas le parcours et il y a surtout Cyfac qui casse sa patte de dérailleur, obligeant le coureur à raccourcir la chaîne pour improviser un montage monovitesse de fortune. Mais le parcours n’acceptait pas le monovitesse et il dut abandonner à son tour. À coté de ça, les petites casses ici ou là (le support de phare d’un PechTregon, le démontage des garde-boue du Milc) semblent des détails.

Bien sur, certains cadreurs se plaignent. « Ça fait 20 ans que j’en fais de la randonnée légère, ai-je entendu dire, et pas une seule fois j’ai eu à emprunter des chemins comme ça ! » Du côté de Belleville Machine, on l’a visiblement un peu mauvaise, et ils le font savoir sur leur réseau social : « le gravel tenait plus du vtt engagé que du chemin tranquille.. mais bon, on pouvait pas le savoir. »

Oui, ce parcours était méchant et oui il fallait quand même sacrément tirer sur la définition pour le qualifier de gravel, mais pour rappel Belleville Machine s’était contenté de pneus de coursiers (des GP4S en 28mm, on ne se refait pas), la section la plus étroite de tous les concurrents, et ils avaient encore chargé la mule en choisissant de porter leur poids de 3 kg précisément ce jour-là. Comment on dit, déjà ? Tenter le diable, c’est ça ?

J’aurais à l’inverse tendance à défendre le choix des organisateurs. Puisqu’il faut des milliers de kilomètres pour tester la fiabilité d’un vélo et que la chose est impossible dans un concours de machine, les secouer un peu est un bon moyen de voir assez vite ce qui passe et ce qui casse. Bien sûr, si j’avais investi du temps et de l’énergie pour présenter une machine, je tiendrais peut-être un discours différent. Je dirais que j’aurais préféré savoir à quoi m’attendre.

Reste que la plupart quand même s’en sortent pas trop mal. La jolie randonneuse Perrin qui ressemblait à un bijou est par exemple pourtant passée partout sans broncher nous dit Elisabeth qui, cerise sur le gâteau, découvre à l’arrivée qu’elle fait la une de la presse locale :

Une

Comment la pilote de Pierre Perrin devint QOM.

Mais il reste encore un peu de temps avant que le jury fasse connaître son verdict. C’est l’occasion de profiter de la bonne ambiance qui règne dans ce concours de machines, dont on n’a encore rien dit, mais qui à elle seule valait le déplacement. Ces 3 jours où les cadreurs, leurs pilotes, les équipes et le public ont partagé les épreuves, roulé ensemble, vu et échangé autour de ce qui se fait de plus beau actuellement en France dans l’artisanat du cycle ont été une belle expérience. La patience des cadreurs et le goût de communiquer leur art faisait réellement plaisir à voir et à entendre, même quand quelques cyclosportifs égarés sous la tente venaient demander à Perrin en pointant le Rohloff du doigt si c’était un moteur électrique, s’étonner d’apprendre que le vélo qu’ils avaient sous les yeux n’était pas un vélo ancien mais bel et bien fabriqué aujourd’hui et que, par-dessus le marché, la chose puisse se faire avec de l’acier, ce matériau qui sert à couler des rails de trains.

Grade9 commentaires

Scène vue mille fois : un cadreur (ici Grade 9) prenant le temps d’expliquer son travail.

Et puis beaucoup de ces cadreurs avaient leur propre stand, ce qui en soit était comme un concours de machines off. Si le tandem de JRD était un morceau de bravoure, les autres vélos exposés à leur stand étaient presque aussi impressionnants.

JRD PF monobras

Un détail parmi d’autres sur le stand de JRD: pignon fixe à mono-triangle, tube de selle en carbone, jante Mavic peintes, pédales Berthet-Lyotard…

On pourrait en dire quasiment autant des stands de Berthoud, Victoire et même ceux des cycles La Fraise, dont les modèles exposés m’ont presque davantage plu que leur machine de concours.

Fraise stand

Sur le stand La Fraise (Roubaix) : de la randonneuse classique au vélo de route léger.

On pouvait y croiser Jan Heine et pour les plus accrocs, repartir avec un pédalier René Herse dédicacé…

herse

À Ambert aussi on pouvait faire les soldes.

… et voir Isabelle Lesens interroger longuement les cadreurs :

Perrin lesens

Et bien sur, les vélos en tous genres n’ont pas cessé d’aller et venir :

randonneuse beal

vielle randonneuse

Un Salamandre hésitant à se mêler aux Machines. Peut-être un jour...

Un Salamandre hésitant à se mêler aux Machines. Peut-être un jour…

On a même pu voir le prototype de la nouvelle selle Idéale, relancée par un couple de passionnés, discuter avec eux de ce projet et être pleinement rassurés sur le sérieux et la qualité de cette entreprise courageuse.

ideale

La nouvelle selle Idéale est prévue pour le second semestre 2016.

Et puis l’heure fatidique est venue. Bien sûr nos amis cyclosportifs ont été généreux d’accueillir le concours de machines, bien sûr rien n’aurait pu se faire sans leur maîtrise de l’organisation, mais il était tout de même un peu regrettable, le brouhaha de cette grande salle polyvalente, tandis qu’à la tribune Jan Heine et Raymond Henri tentaient d’expliquer, brièvement, ce que c’est qu’un concours de machines et quel pouvait être l’intérêt d’en relancer un aujourd’hui.

Jan Heine, , Raymond Henri.

Jan Heine, Alain Puiseux et Raymond Henri.

On notera surtout que Raymond Henri a eu quelques mots pour décrire chacune des 19 machines, et toujours de façon très juste. Puis le palmarès est tombé :

– Le prix « hors règlement » pour Julie Racing Design, qui n’a rien trouvé de mieux que de répondre avec un tandem et remorque au cahier des charges de la randonneuse légère. Et pourtant, aucun de ceux qui ont vu ce tandem n’aurait pu imaginer qu’il reparte sans prix.

prix JRD

Julie Racing Design, prix spécial.

– Le 3e prix pour PechTregon, qui avait présenté deux machines.

prix PechTregon

PechTregon

– Le 2e prix pour Milc qui, à l’exception des tubes, des pneus et de deux ou trois autres choses aura à peu près tout fait dans cette machine.

Milc prix 2

Milc – Goblin bikes

– Et le 1er prix aux cycles Victoire.

prix victoire

Victoire

On apprendra plus tard qu’un prix « rookie » a aussi été attribué à Sébastien Klein. Il l’a amplement mérité.

Alain Puiseux, de 200, annonce enfin que rien n’est encore réellement décidé pour la suite, mais que son espoir est de refaire un concours de machines, dans deux ans, peut-être à Ambert, peut-être ailleurs.

Bien sûr on pourra trouver que ce 1er nouveau Concours de Machines avait tout un tas de défauts, mais ceux qui l’ont relancé ont au moins eu le mérite d’être les premiers, depuis 65 ans, à oser le faire. Et la qualité des 19 vélos réunis pendant ces trois jours est la meilleure preuve de la réussite de cet événement.

  • Plus d’informations sur les Concours de Machines d’hier et d’aujourd’hui sur le site des cycles Victoire
  • Une petite vidéo sur l’édition 2016 vue par La Montagne
  • Pour aller (beaucoup) plus loin, on trouvera encore plus de matière dans la somme en deux volumes de Raymond HENRY : L’Histoire du cyclotourisme (FFCT, 2010-2013).
  • Dans la revue de Jan Heine, Bicycle Quarterly, on trouvera de nombreuses références aux Concours techniques des années 30 et 40, en particulier dans les n° 4 et 5 (2003). En français, le livre du même Jan Heine sur L’Âge d’or des bicyclettes artisanales (Vigot, 2014) est un indispensable.

La suite :

– Ambert 2016 [2/5] : la section amateurs et premières armes

– Ambert 2016 [3/5] : la nouvelle vague des cadreurs français

– Ambert 2016 [4/5] : les cadreurs historiques

–  Ambert 2016 [5/5] : composants et choix techniques

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PS: la photo de mon collaborateur pour la rédaction de cette chronique, au sommet du Béal [et, non, l’ambulance n’était pas pour moi].

2 juillet 2016 #concoursdemachines2016

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